top of page

Transformation de l’agir humain à l’ère technologique

il y a 10 heures
4 min de lecture

Les capacités socioperceptives :


Socio perception : Observer les signaux faibles et les transformations silencieuses.

Socio compréhension : Donner du sens à ce qui émerge.

Socio discernement : Distinguer ce qui favorise le vivant de ce qui l’entrave.

Socio action : Expérimenter, relier, catalyser et coopérer

Socio régénération : Permettre au système de retrouver sa capacité d’autopoïèse et d’autonomie.



Parmi les séances que proposait le 4 septembre 2026, l’Institut des Etudes Avancées dans le cadre de son cycle "Paris IdeAS" figurait celle de Anthony Elliott, professeur émérite et directeur exécutif du Centre d’excellence Jean Monnet pour les transformations numériques à l’Université d’Adélaïde, en Australie.


Intitulée “Transformations of Agency: Some Consequences of Outsourcing Decision-Making to Smart Machines”, elle donnait un aperçu de la transformation du rapport à soi dans un monde où la technologie devient prépondérante, un monde dans lequel peur et anxiété occupent une place grandissante et mettent en péril la métamorphose humaniste à laquelle aspire Happymorphose.


Elliott montre en effet comment la modernité algorithmique transforme le rapport à soi en introduisant de nouvelles formes de prédiction, d’optimisation et d’anxiété : l’individu vit de plus en plus dans un monde où ses comportements peuvent être anticipés, mesurés et orientés par des systèmes qui demeurent largement opaques.


Parmi les penseurs et auteurs ayant travaillé sur la transformation de l’agir humain à l’ère technologique, mentionner ceux de Hartmut Rosa et d’Hannah Arendt qui apportent à ce sujet des perspectives différentes mais profondément complémentaires. 


L’analyse de l’accélération sociale et le concept de résonance de Rosa permettent de comprendre ce qui est en jeu lorsque la vitesse et la médiation technologique de l’existence affaiblissent notre capacité à établir des relations véritablement significatives avec le monde.


Arendt, enfin, apporte la dimension politique et philosophique que ni la sociologie ni la technologie ne peuvent à elles seules fournir. Ses concepts d’action, de pluralité, de jugement et d’espace public nous rappellent qu’être humain ne consiste pas simplement à s’adapter ou à s’optimiser, mais à être capable d’initier du nouveau, d’assumer la responsabilité de ses actes et d’apparaître aux yeux des autres comme un être humain singulier, tout en demeurant leur égal.


Pris ensemble :


  • Elliott permet de comprendre l’anxiété produite par la prédiction algorithmique,

  • Rosa met en lumière la perte de résonance dans une société soumise à l’accélération,

  • Arendt nous renvoie à la capacité humaine de juger et d’agir, qui ne peut être réduite à la prédiction ou à l’optimisation.


Leur convergence conduit ainsi à une question essentielle pour l’ère de l’IA :


Il ne s’agit pas de savoir comment rendre les êtres humains plus efficaces au sein d’un système technologique toujours plus intelligent, mais comment faire en sorte que la technologie demeure au service de l’agir humain, de la pluralité, du jugement et d’une relation signifiante au monde.


Socio compréhension : Donner du sens à ce qui émerge

Mots-clés : homo sapiens technologicus

Constat : Le tsunami de l’IA a un impact profond sur l’homme sur tous les plans : biologique, émotionnel, social.

Décryptage : Le discernement à l’ère de l’IA pourrait dès lors commencer par une question très simple : Qu’est-ce que je suis en train de déléguer à la machine ? Une tâche ? Une compétence ? Une décision ? Ou progressivement une part de mon jugement ?

Cette distinction devient essentielle. L’IA peut nous libérer de certaines tâches afin que nous consacrions davantage de temps à penser, créer, décider et entrer en relation. Mais elle peut aussi produire l’effet inverse : nous rendre plus rapides tout en nous rendant moins autonomes, plus informés tout en nous rendant moins capables de discerner, plus efficaces tout en nous éloignant de ce qui donne du sens à notre action.


Le véritable défi humaniste n’est donc pas de résister à la technologie, ni de lui faire confiance aveuglément. Il est de dessiner une frontière consciente entre ce que nous pouvons utilement déléguer et ce que nous devons continuer à assumer nous-mêmes.


C’est peut-être là que commence une véritable Happymorphose : non pas devenir plus performant grâce à des machines toujours plus intelligentes, mais devenir plus pleinement humain dans la manière dont nous choisissons de vivre et d’agir avec elles.


Ouverture : Quelle(s) initiative (s) terrain ou action concrète pourrait-on mener pour que la technologie demeure au service de l’agir humain, de la pluralité, du jugement et d’une relation signifiante au monde ?



Irène Papaligouras Bataille

Fondatrice de Leaders Excellence Partners et vice-présidente du World Human Forum, j’explore les liens entre philosophie, éthique, leadership et intelligence, pour éclairer les chemins d’un progrès conjuguant innovation, discernement et épanouissement humain.

Au travers d'articles courts, je souhaite offrir des clés de discernement pour éclairer notre chemin vers une société plus vivante, créatrice et profondément humaine. À l'heure où l'intelligence artificielle nous place devant une bifurcation de civilisation, il me paraît essentiel d'explorer ce que signifie préserver notre humanité dans un monde en métamorphose.


Références

Elliott, Anthony. (2024). Algorithms of Anxiety: Fear in the Digital Age. Cambridge: Polity Press.

Elliott, Anthony. (2019). The Culture of AI: Everyday Life and the Digital Revolution. London: Routledge.

Elliott, Anthony. (2022). Algorithmic Intimacy: The Digital Revolution and the Transformation of Personal Relationships.

Rosa, Hartmut. (2013). Social Acceleration: A New Theory of Modernity. New York: Columbia University Press.

Rosa, Hartmut. (2019). Resonance: A Sociology of Our Relationship to the World. Cambridge: Polity Press.

Rosa, Hartmut. (2020). The Uncontrollability of the World. Cambridge: Polity Press.

Arendt, Hannah. (1958). The Human Condition. Chicago: University of Chicago Press.

Arendt, Hannah. (1961). Between Past and Future: Eight Exercises in Political Thought. New York: Viking Press.

Arendt, Hannah. (1963). Eichmann in Jerusalem: A Report on the Banality of Evil. New York: Viking Press.



 
 
 

Commentaires


bottom of page